2025 03 26 mercredi 12h DZP

Kyosaku

Les kyosakus aident tout le monde à la pratique, le godo compris. D'ailleurs, le godo peut demander le kyosaku et les kyosakus peuvent corriger la posture du godo.

S'attacher au phénomène est cause d'illusion, Mais s'attacher à la vérité n'est pas Satori.

C'est peut-être le propre du bouddhisme que de garder une distance avec la vérité, avec l'essence, avec le principe, avec Dieu. En tout cas dans le discours, parce que dans le fond, est-ce qu'on est si différent des autres ? C'est notre manière d'avancer dans la vie, à juste distance, que ce soit de shiki, les phénomènes, que ce soit de ku, la vacuité.

S'attacher au phénomène, c'est shiryo, la pensée qui cause de nouvelles pensées, qui prend tout l'espace mental, qui prend même possession du corps, qui fait de notre vie un enfer ou un paradis. À l'inverse, suivre l'essence, c'est fushiryo, la non-pensée, c'est lorsque nous sommes dans l'action. Mais ce n'est pas non plus l'illumination, le satori.

Cet été, avec les autres godos du Dojo de Paris à la Gendronnière, en fin de sesshin, une pratiquante, débutant le zen à cette occasion, nous a expliqué que zazen était facile pour elle, qu'elle ne pensait pas beaucoup de manière générale.

Elle n'avait aucune difficulté à ne rien faire. On n'en revenait pas. C'était son tempérament naturel. En tout cas, toute sa vie était sur ce mode-là. Et du coup, toute sa vie, elle cherchait des sensations, des stimuli : infirmière urgentiste toute sa carrière, ayant des enfants, férue de science-fiction et de littérature fantastique, pratiquante de yoga et de tantra.

Dans un pays comme l'Inde, elle aurait été très vite repérée par un yogi ou un gourou, lui ai-je dit.

Je voyais bien qu'elle n'était pas vraiment là pour autant. Dans le dojo, à l'extérieur, sa posture était très relâchée. Elle souffrait de cette facilité, celle de ne pas penser. Et elle venait à la Gendronnière nous rencontrer pour comprendre sa situation, trouver une solution. « Marie la lune » était son surnom petite fille. Elle ne se mettait jamais en colère, ou presque, et n'avait aucune difficulté à s'endormir. Consciente de sa chance, elle était malgré tout en manque de quelque chose.

Le lendemain de cette rencontre, après une nuit, je lui ai dit : « Dans le fond, ça ne change strictement rien. Tu dois redoubler d'efforts dans la posture, car il ne s'agit pas chez nous de fushiryo, la non-pensée, mais d'ishiryo, l'au-delà de la pensée et de la non-pensée. » Ses yeux se sont illuminés par cette simple et très basique explication, elle a tout de suite compris.

Au moment du départ, elle a reconnu que « la posture de zazen est vraiment quelque chose ».

Dernière édition le 2025-04-18 16:21

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Stéphane Chevillard est l'auteur de ces pages.
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