2025 05 11 dimanche 11h DZP
Cultivons l'éveil.
C'est ce que maître Tozan nous demande de faire. C'est un travail dont l'objet n'est pas nous-mêmes. Pour certains, l'éveil est une question politique. Pour d'autres, c'est une question spirituelle. Pour nous, c'est plutôt une question de s'incarner, d'être pleinement un humain, avec les deux pieds sur terre, la tête droite. Ainsi, nous pouvons cultiver l'éveil au profit de tous.
Relâchez les paupières, intériorisez votre regard, un filet de lumière suffit, détendez-vous.
Ramenez bien votre zafu sous votre périnée. Relâchez les aines lorsque vous basculez à droite et à gauche. Ce n'est pas qu'on s'étire, c'est qu'on se relâche, afin de permettre au bassin, à koshi, d'entraîner le corps en bas. #koshi
Nous devons nous détendre au point que maître Deshimaru disait :
Faire zazen, c'est entrer dans son cercueil.
On rend son tablier : plus de famille, plus de patrie, plus de travail.
D'ailleurs, le mot shu, de Sotoshu par exemple, l'école Soto, c'est la famille, les liens du sang. La sangha, c'est l'humanité entière.
Il est très important d'envisager sa mort. Sans cela, on a seulement la perspective de l'ego, pas du tout celle du miroir précieux de maître Tozan.
Kyosaku
Le Dharma est absolu,
nous dit Maître Tozan dans son Hokyozanmai (première strophe, premier vers)
Les bouddhas et les patriarches n'en ont jamais parlé.
Votre maître n'en a jamais parlé.
Néanmoins, nous pouvons le pratiquer dans l'instant.
MONDO
Bodhisattva_RD
Depuis longtemps, il y a quelque chose qui me dérange beaucoup dans l'expression de Deshimaru que tu as citée pendant le kusen : « entrez dans votre cercueil ». C'est morbide. Par rapport à d'autres expressions qu'on connaît dans le zen, comme Shinjin datsu raku, « abandonner corps et esprit », je trouve qu'il y a quelque chose dans « entrez dans votre cercueil » qui est… Comme si on savait ce que c'était, mais en fait, on ne sait pas. J'avais envie de...
Godo
Tu fais bien, sinon, il n'y aurait pas de mondo. Et puis, c'est une vraie question pour toi.
Bodhisattva_RD
C'est une vraie question, oui, enfin non. Je me demande pourquoi on cite cette phrase de Deshimaru. Je pense qu'elle a dû frapper les esprits. Mais comme chaque fois que je l'entends, ça me choque. Peut-être parce que je ne la comprends pas bien, cette phrase.
Godo
Moi, je l'aime beaucoup en tant qu'enseignement. Mais sinon, je ne l'aime pas du tout. Parce que c'est clair qu'on ne veut pas pratiquer, on ne veut pas mourir. Et c'est justement cela.
Après, c'est un grand mot, c'est des images.
Mais quand on part en sesshin, ce n'est plus du tout une image. Il faut vraiment mettre en ordre son boulot, ses affaires, son appart', s'assurer que tout va bien, que la femme ne va pas péter un câble parce qu'on s'absente. Et là, il y a vraiment quelque chose d'analogue.
Si on nous annonce un cancer foudroyant, comme on dit, « vous n'avez plus que trois mois, monsieur ». Et là, il y a deux types : il y a ceux qui le prennent finalement bien, si c'est possible de le prendre bien, mais justement, qui, assez rapidement traversent, je ne sais plus combien d'étapes(1). Au début, on est choqué par la mort et puis, après, on veut pas voir. Et puis je sais pas quoi. Mais à un moment donné, il y en a quand même qui arrivent à accepter. Et là, ils sont libérés, et même libérés de quelque chose qu'avant la maladie, ils n'auraient pas pu appréhender, expérimenter. Et en sesshin, je trouve qu'il y a quelque chose comme ça.
C'est très concret, ça commence par le corps. C'est le fait de partir de notre lieu habituel pour un nouveau, de se déshabiller et de s'habiller autrement…
Par ailleurs, pour les chrétiens, Saint Ignace de Loyola disait qu'il lui suffisait d'une demi-heure de prière pour accepter tout dessein de Dieu. Il était en train de fonder son ordre, qui sera les jésuites quand même. Et il disait, « Si Dieu me dit que tout ça, ça va s'effondrer, il me faut une demi-heure de prière et j'accepterai. »(2) Alors, nous, ce n'est pas au niveau du cœur, nous, c'est encore plus bas.
Bodhisattva_RD
Au niveau du corps.
Godo
Oui.
1- Elisabeth Kübler-Ross a défini les étapes suivantes : 1 le déni ; 2 la colère ; 3 le marchandage ; 4 la dépression ; 5 l'acceptation.
2- Annecdote citée par Aldoux Huxley dans sa Philosophie éternelle (The Perennial Philosophy), Société d'édition Les Belles Lettres, 2023 : On demandait un jour à saint Ignace de Loyola quels seraient ses sentiments si le pape venait à supprimer la Société de Jésus. « Un quart d’heure de prière, répondit-il, et je n’y penserais plus. »