2025 07 06 dimanche 11h DZP

Je reprends la deuxième strophe de l'Hokyozanmai :

La neige s'amoncèle sur le plateau d'argent.

La lumière de la lune illumine le héron blanc.

C'est l'expérience de zazen, c'est l'expérience de toute la pratique zen, également en dehors du dojo.

Ils sont proches, mais non identiques.

Ils sont intimement mêlés, mais chacun comprend son état.

À la suite du Sandokai, Maître Tozan enseigne avec ce qu'on appelle les go-i, moi, les autres, le disciple, le maître, le dojo, la vie quotidienne. L'objet de notre concentration est notre vie, notre mètre carré existentiel, notre sac de peau. Rien à voir avec la concentration d'un tennisman ou d'un ouvrier sur une chaîne de montage. L'enseignement zen n'est pas un apprentissage. Un maître n'est pas un enseignant. Le dharma n'est pas une doctrine, juste des remarques, des retours, des échanges. Vous, hommes, femmes de la voie, vous êtes des bouddhas vivants. En tout cas, vous pouvez l'être, à tout moment. Dans le dojo, à l'extérieur du dojo.

Est-ce que ce mètre carré est l'univers entier ou est-ce qu'il n'est qu'une construction égocentrique ?

Il n'y a pas grand chose à faire en dehors du dojo, juste débloquer si nécessaire votre bassin. Il y a toutes sortes de routines, d'exercices pour cela, sur YouTube par exemple. C’est nécessaire pour prendre la posture de Bouddha. Dans le dojo, régulièrement, on suit les indications essentielles de zazen et entre toutes, la bascule du bassin : l'anus regarde la lune, le soleil. Le mouvement de ce point précis entraîne vers l'avant le bassin, ce qui enclenche la dynamique physiologique de zazen. Tout viendra naturellement, automatiquement, inconsciemment, alors, il n'y aura plus qu'à observer

la neige s'amonceler sur le plateau d'argent

et

la lune illuminer le héron blanc.

Toutes les relations s'apaisent d'elles-mêmes. Nous sortons de nos drames personnels.

Dans son commentaire, maître Deshimaru nous encourage à ne pas créer de dualité entre Dieu et Bouddha, autrement dit, entre les religions, entre les ethnies, entre nous et les autres, de ne pas faire de la voie un ‑isme, quelque chose de spécial.

MONDO

Moine_JPV

Je voulais savoir, est-ce que la confiance est nécessaire en zazen ?

Godo

La confiance est une des dimensions, un des ingrédients humains qu'on retrouve en zazen, dans le zen. Et, à mon avis, justement, elle vient naturellement, automatiquement. Après, je connais surtout l'enseignement de mon maître. Au-delà de lui, il y a différents textes, comme le Shinjimei qui peut être place la foi en premier (je ne l'ai pas vraiment étudié, comme maintenant l’Hokyozanmai). Pourquoi pas ? Moi, j'aime bien le tableau où la posture de zazen est au centre de tout le reste. C'est grâce à cet enseignement-là que j'ai pu adhérer tout de suite au zen, parce que c'était tout de suite concret. Mais en même temps, c'est vrai qu'il faut avoir un peu la foi pour être là.

Moine_JPV

Est-ce qu'il y a une différence entre la foi et la confiance ? Elles sont liées ou... Si on a la foi, on a la confiance, et vice-versa ?

Godo

Il y a ça chez nous, c'est la foi sans objet, justement. La foi sans une forme préconçue, attendue, exigée : « C'est ça ou rien. Je n'ai pas ça, donc je quitte. » ou « Je n'y crois plus, parce que je n'ai pas cette forme-là. »

La foi et la confiance, pour moi, on parle de la même chose. Et là aussi, ce que j'aime bien dans le bouddhisme, c'est quand on parle de bodaishin, de l'esprit du boddhisattva, de l'esprit qui recherche l'éveil.

Pour moi, la foi est un peu secondaire. Elle vient automatiquement. Parce que si on est en recherche, tout se met en place. On recherche à relâcher les hanches, la posture vient, la respiration vient, tout vient. Alors on prend notre pied en zazen. Du coup, on commence vraiment à prendre ça au sérieux, on commence à pratiquer régulièrement, c'est le cercle vertueux.

Et quand bien même on s'en écarte, très vite, il suffit de rebasculer, on revient une fois, on rebascule, on regoutte à ça, on se dit « Ouah ! » Et boum ! Ça y est, cela est.

Nonne_CT

Ton kusen m'a interpellé quand tu as dit que zazen n'est pas comme le travail à la chaîne. Je me suis toujours demandé : est-ce qu'on peut trouver effectivement l'éveil dans le travail à la chaîne, dans le métro, partout ?

Quand je pratique zazen, parfois, il n'y a pas de différence entre zazen et le métro, d'instant en instant. Et du coup, effectivement, je pense que oui, on peut trouver l'éveil dans le travail à la chaîne.

C'est une question qui m'a toujours interpellée.

Et juste pour finir, parfois, on va à La Gendronnière, c'est super beau, il y a des maîtres, ils habitent en haut d'une montagne, face à la mer… Et tout ça, c'est facile le détachement, mais après, quand il faut rentrer, travailler 40 heures par semaine, prendre le métro tous les jours… Comment continuer zazen ? Comment être en zazen dans le métro ?

Godo

Tu es comme un débutant, tu ne te rends pas compte à quel point tu es déjà un bouddha. Pour celui qui pratique, parce que toi tu pratiques, sincèrement, régulièrement, tu as un maître ou des maîtres. Et c'est pour ça qu'il y a des mondos, effectivement.

Quand on commence la pratique, on a très fort ce phénomène du mental qui dit : « Ce n'est pas possible, c'est n'importe quoi, c'est paradoxal… ». Et puis on s'assoit en zazen, et alors on est justement au-delà des mots, on goûte vraiment à quelque chose de nouveau.

Quand on est ancien, on peut toujours avoir le mental qui nous impose sa vision des choses. Ça me traverse aussi, mais ça ne dure pas parce que, justement, on pratique. Et donc la réponse chez nous est simple :

pour celui qui vient au dojo régulièrement, partout est le dojo.

C’est le sens vertueux de gyoji.

On peut concevoir l'éveil comme étant au-delà de la pratique, mais c'est hasardeux. Surtout, chez nous,

la pratique est l'éveil,

rechercher l'éveil est l'éveil.

Parce que justement on veut le concrétiser, c'est pas juste l'ego qui veut goûter, qui veut s'apaiser. C'est le début du champ de Bouddha, réellement, concrètement. Et aussitôt qu'on le fait, ça y est, tout est en harmonie. Parce qu'il y a l’amorce, ça y est, c'est là. Et puis, oui, ça peut disparaître. Et donc, du coup, je pense vraiment qu'on peut être ouvrier à la chaîne et être pratiquant.

Mais en même temps, on doit se préserver en tant que pratiquant. Et autant on peut imaginer qu'un ouvrier ouvre un groupe de zazen à l'usine Citroën, autant peut-être que ce n'est pas possible, non plus. Iil faut peut-être changer d'emploi. Non pas que l'emploi en lui-même, la situation, soit un handicap en soi, mais là, c'est rentrer dans la vie personnelle, c'est chacun qui doit juger. Et c'est pareil pour femme, enfants, tout ça, tout est possible. Justement, tout est possible.

On a Deshimaru, Kodo Sawaki, ils ont pleinement mené leur vie, ils sont exemplaires dans le sens où c'est un exemple parmi d'autres de manière de faire. Et on a notre maître, bien vivant, qui est aussi pour nous un autre exemple de comment se débrouiller pour continuer et vivre les deux, le dojo et le monde.

Dernière édition le 2025-09-08 15:00

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Stéphane Chevillard est l'auteur de ces pages.
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