2025 09 21 dimanche 11h DZP

Baissez les paupières, intériorisez votre regard.

On presse avec la racine du pouce gauche le point qui est juste en dessous de la pointe du sternum. Devant votre glace, vous verrez un petit creux qui se forme à cet endroit. Les poignets sont souples, ils sont un peu cassés.

Il y a une très belle photo de notre arrière grand maître, Kodo Sawaki, au rez de chaussée à l'entrée : il est très droit pour le coup, mais regardez ses poignets. Chez lui, ses poignets sont très "cassés", comme on dit, c'est à dire qu'avec les mains les avant-bras forment un angle droit. Peut être qu'il était au bout de l'expir, au bout de la pression des deux mains, au bout de la pression de la racine du pouce gauche contre le cœur. C'est un extrême, mais un extrême possible.

(zazen)

Alors c'est intéressant, le cœur. Il y a deux semaines, Nuria en a parlé. Maître Tozan en parle dans L'Hokyo Zanmai, précisément sur le vers que j'étudie en ce moment.

Kokoro/shin. Je ne m'y connais pas trop en kanjis. Peu importe, maître Deshimaru traduit kokoro/shin, par conscience.

Alors, maître Tozan nous dit :

La conscience, ce n'est pas langage.

Comme il disait dans le tout premier vers :

Que ce soit Bouddha ou les maîtres de la transmission, aucun n'a parlé du Dharma, la vérité ultime.

Mais ils parlent de la conscience, par la négative.

Ce n'est pas langage. Ce n'est pas communication. Ce n'est pas signification.

Et pourtant il faut aller là aussi.

C'est une traduction qui est très différente de celle qu'on peut lire chez les autres maîtres.

Dans notre pratique, il y a le kusen. Des fois ce sont des indications physiques, des fois ce sont des silences, des fois c'est de la poésie, des images. Mais la conscience est la conscience. Ce kokoro/shin, c'est une capacité que tout être humain a. Ce n'est pas un terme proprement bouddhiste. La conscience est plus large que les eurêka!

Maître Deshimaru dans son commentaire énumère les autres déclencheurs de l'éveil, autres que les mots : les cris du maître, les coups du maître, un caillou qui fait mal.

Maître Deshimaru disait à ses disciples qu'ils avaient à trouver leurs propres méthodes d'enseignement. Nous avons tous à trouver notre propre méthode de vie.

Comme dit souvent mon maître, Philippe : « Ne mettez pas la charrue avant les bœufs. » Nous sommes éveillés. Notre cœur est déjà en phase avec tout l'univers, c'est pourquoi nous pratiquons.

De même, nous demandons l'ordination parce que nous avons reconnu un maître, que ce soit Bouddha, les anciens pratiquants ou un godo en particulier.

On a besoin de ces autres individualités, san, pour être pleinement en relation, kai, avec do, l'universel.

 Mondo

Bodhisattva_T_du_Jura

Je n'ai pas compris ce que vous disiez sur que ce soit avec Bouddha, d'anciens pratiquants ou un godo quel qu'il soit, l'important c'est la relation.

Godo

C'était un peu l'idée, que lorsqu'on découvre la pratique, on tombe amoureux, de la pratique. On découvre la sangha, les anciens, ils sont tondus, les maîtres, c'est quoi ? Il y a un aspect graduel et subit.

Et puis, il y a la nécessité à la fin. En tout cas, moi j'ai trouvé ça nécessaire pour ma propre vie que de demander l'ordination de moine. Et du coup, là, ça force à choisir précisément quelqu'un puisque c'est avant tout une relation forte. Pas forcément constituée de gifles physiques, mais des mentales oui, alors c'est quelque chose d'intime quoi, même à distance géographiquement. Alors, je compare facilement la chose à l'amour.

Voilà, c'est pour ça.

Bodhisattva_T_du_Jura

Quand le maître meurt par exemple. Maître Deshimaru est décédé et certains de ses proches disciples n'ont pas eu de nouveau maître. En fait, ça veut dire qu'on peut rester comme ça sur... je ne sais pas si ça s'appelle un deuil ou une présence passée. Je ne sais pas, il y a plusieurs dimensions.

Godo

Philippe dit que même mort, on suit son maître. Parce qu'on peut toujours le lire, on a ses kusens, on a des souvenirs, on a une dynamique. Et on sait très bien quelle est la direction qu'il prenait. Et c'est la même qu'on prenait nous même avant même de le connaître, en fait.

Il y a cette image chez Sekito, dans le Sandokai de la lance et de la flèche qui se rencontrent. Il y a plusieurs types de rencontre, plusieurs configurations possibles.

La lance et la flêche peuvent se suivre, l'une derrière l'autre. Elles peuvent être parallèles. Quoi qu'il en soit, elles vont vers le même but. Si l'une disparaît, l'autre continue comme si de rien n'était.

Évidemment, la lance c'est le plus costaud, c'est le maître. Si on dévie et qu'on est en contact avec lui, la flêche s'entrechoque avec la lance : boum ! Il nous remet sur la bonne voie. C'est alors que cela peut-être violent.

Un point que Philippe a beaucoup à cœur de nous enseigner, et qu'on s'efforce de son vivant, c'est de pratiquer entre co-disciples. D'ailleurs, pour Philippe, ce qui était l'âge d'or de la Sangha de Deshimaru, c'était à sa mort. Juste après lui, Etienne Zeissler a finalement joué le rôle de centre car il n'y avait plus papa, Deshimaru avait un aspect paternel pour beaucoup, parce qu'ils étaient jeunes, ils étaient livrés à eux mêmes. Et il fallait créer... Voilà, il fallait.

Bodhisattva_T_du_Jura

Une dernière question : je vais bientôt être ordonné, mais je n'ai pas vraiment... Enfin si, je sais, ce serait Roland Rech mais il est quelqu'un d'âgé, un peu malade aussi. Et donc, son... comment dire, sa fin est probable et je me dis qu'il faut bien en parler.

Godo

Vas-y, c'est vrai pour nous tous.

Bodhisattva_T_du_Jura

En fait, moi je me sens plus attiré souvent par des personnes de sa sangha, je les vois comme des contre-maîtres dans le sens de sous-maîtres, je préfèrerais que les personnes de sa sangha me guident. Faut-il vraiment suivre/être ordonné par une seule personne ?

Godo

Moi, je pense que ça dépend de là où tu veux aller.

Et puisqu'il s'agit de choses intimes, je vais te parler de moi, peut être que ça fera écho en toi.

Avant la pratique, ma direction était survivre, ne pas me suicider, rester debout malgré tout. Et c'était tout l'inverse, je n'étais pas en phase avec ni la vie ni les gens. Je rencontre la pratique et elle me réconcilie avec la vie, la société, le genre humain. En même temps, je rencontre la grande sangha, un groupe d'êtres humains qui ont une histoire commune, une expérience, des textes ancestraux, une culture, la mémoire de Deshimaru, tout ça. La sangha est le Dharma, pas le Dharma avec un D majuscule, mais bien les petits dharma, les petites choses, le quotidien du moine quoi. Et forcément, j'étais attiré par cette direction.

Alors, peut être que tu ne flashes pas encore sur un ancien, mais que tu flashes plus sur une sangha pour l'instant. Ben écoute, pose cette question à deux, trois d'entre eux, puisque c'est là où ta direction est.

Dernière édition le 2025-10-15 04:12

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Stéphane Chevillard est l'auteur de ces pages.
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