2025 09 24 mercredi 12h DZP
(Un pratiquant tombe à la renverse : boum !)
(Un, puis deux, puis trois se retournent apeurés.)
C'est bon, le kyosaku est avec la personne.
(L'agitation continue, le godo se lève.)
C'est un malaise vagal, c'est le sang qui descend, le cerveau est moins irrigué alors ça provoque un petit malaise. Ne vous laissez pas impressionner par les sons.
(Le godo se rassoit.)
Il y a deux jours, il y a eu un malaise chez mon maître. Pourtant c'était une ancienne pratiquante, une nonne, elle prend un cachet sans manger, un antibiotique. Évidemment, elle s'est sentie mal.
Les kyosakus font exactement ce qu'il faut faire en pareille situation : monter les pieds, du coup le sang redescend à la tête rapidement.
(kinhin)
Mettez tout le poids de votre corps sur la jambe avant et précisément sur la balle du pied, la racine du gros orteil. La jambe est tendue, c'est à dire que le genou est ramené vers l'arrière. Vous expirez profondément. En même temps, vous pressez bien avec la racine du pouce gauche le point situé juste en dessous de la pointe du sternum. Les deux mains pressent l'une contre l'autre. Lorsque l'inspir revient, vous faites un petit pas vif. En kinhin on peut facilement sentir la poussée du sommet du crâne contre le ciel.
(zazen)
Aller à l'encontre, toucher, ni l'un ni l'autre ne valent.
C'est comme une boule de feu.
nous dit maître Tozan à la quatrième strophe de l'Hokyo Zanmai.
Nous sommes comme des enfants quand on débute. Et être débutant est une excellente chose. Continuer et préserver cet esprit du débutant, c'est le summum.
Et qu'est-ce qu'il fait l'enfant ? Il voit le feu, il s'en approche, il veut le saisir, il se brûle. Il voit le feu, il en a peur, il s'en éloigne, il s'enrhume. Rien ne vaut l'expérience pour s'éduquer soi-même.
Quand on débute, on peut ne pas avoir conscience de la puissance de la pratique. « Il s'agit juste de s'asseoir. » « Il s'agit juste d'être là. » La société nous relègue au rang de bien-être ou de repère à gourous.
Certains vont très vite dans la pratique. Ils achètent le kit entier : kimono, zafuton, zafu, oryoki, ils se rasent le crâne, ils font tous les zazens, demandent l'ordination. Ils sont tout feu, tout flamme, et ça ne dure pas. Car ils ne se remettent pas en question. D'autres, c'est tout l'inverse. Comme saint Thomas1, tant qu'ils n'ont pas fait l'expérience, ils freinent des quatre fers. Ils ont tout compris.
Maître Deshimaru, dans son commentaire, prend l'image du chat. Tout le monde aime caresser un chat. Et tout le monde sait également que pour qu'il vienne à nous, il faut le titiller subtilement.
Dans certains dojos, surtout aux Etats-Unis ou au Japon, il y a les zazens des débutants. Les moines y font zazen entre moines exclusivement. L'apprentissage est très graduel et hiérarchique. C'est pas notre manière de pratiquer. Mais c'est vrai que ça peut nous placer dans une situation délicate.
C'est à chacun de prendre ses responsabilités. Les kyosaku, les responsables, chacun de nous en tant que pratiquants. Car nous ne sommes pas des enfants, mais des adultes, et nous avons la chance de rencontrer la pratique et de l'enseigner. Ce n'est pas qu'il faille aller quelque part petit à petit, nous y sommes déjà tous.
Il s'agit bien plutôt de ne rien prendre personnellement. Il s'agit de voir le phénomène que nous sommes avec curiosité et détachement. C'est ce dont manque cruellement le monde.
Alors quand on est kyosaku, le plus important c'est ouvrir le dojo à l'heure et faire très attention aux pratiquants qui rentrent dans le dojo ; il peut toujours y avoir des problèmes, comme un voleur. Après c'est le kyosaku. Et après c'est la cérémonie.
Non, non, non, on ne donne pas le kyosaku aux débutants.
Ce matin le godo, mon maître, disait que les mots ne sont pas forcément les bons pour dire les choses2 mais puisqu'on n'en a pas d'autres... Le mot « débutant » en fait partie. C'est toujours désagréable d'employer ce mot, parce que vraiment, ce n'est pas comme ça qu'il faut voir les choses. Et en même temps, il y a des différences à faire.
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« Thomas, appelé Didyme, l’un des douze, n’était pas avec eux lorsque Jésus vint. Les autres disciples lui dirent donc : « Nous avons vu le Seigneur. » Il leur répond : « Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai pas. » Huit jours après, les disciples de Jésus étaient de nouveau dans la maison et Thomas se trouvait avec eux. Jésus vint, les portes étant fermées, se présenta au milieu d’eux, et dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ici ton doigt, et regarde mes mains ; avance aussi ta main, et mets-la dans mon côté ; et ne sois pas incrédule, mais sois croyant. » Thomas lui répondit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru ! » (Jn 20, 24-29). » Voir [sa page Wikipedia](https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_(ap%C3%B4tre) ↩
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« on parle de « moment présent » mais il n'y a pas de « moment » dans le présent. » ↩