2025 10 15 mercredi 12h DZP
J'ai eu une discussion intéressante avec Jean et Laurent avant le zazen. Ils m'ont ramené à mon premier zazen, qui n'était de zazen que de nom finalement.
C'était dans un petit groupe de zen rinzai/catholique. Le responsable[^1] n'étant pas là, c'était de très gentilles dames qui m'ont accueilli. Elles m'ont donné un zafu, coup de cloche, une demi-heure plus tard, coup de cloche, petite discussion. Et je me souviens que la seule chose qui m'était resté, c'est qu'il était impossible de ne pas penser, exactement comme lorsque j'essayais de méditer seul chez moi.
Malgré tout, un an plus tard je re-essaie dans un dojo de la lignée de Deshimaru, et là tout de suite c'est très différent. On m'initie à la posture, il ne faut pas bouger, on laisse passer les pensées.
Ce premier zazen m'a saisi, parce qu'il y avait l'enseignement. Il ne s'agissait plus de moi avec moi-même.
Pour Jean, c'est la rencontre avec un bodhisattva qui l'a amené au dojo. Une personne très généreuse qui pratiquait la voie tibétaine. Il était raillé par ses collègues mais pas par Jean. Heureusement ce monde a des bodhisattvas qui s'ignorent et qui donnent, qui donnent... Lorsque Jean lui disait que les lectures qu'il lui donnait étaient complexes, il lui dit « va pratiquer le zen ».
(kinhin)
La base de kinhin, c'est tout le poids du corps sur la jambe avant qui est tendue, c'est à dire qu'on ramène le genou vers l'arrière. Le poids est donc sur la balle du pied, précisément sur la racine du gros orteil. Au fur et à mesure de l'expir, la pression de cette racine de gros orteil sur le sol augmente. Et en même temps, la racine du pouce gauche presse le petit creux qui est sous le sternum, la main droite accompagne le poing. A l'inverse, l'inspir arrive subitement, c'est alors qu'on effectue un petit pas.
Pendant quelques temps, maître Deshimaru avait le grand chorégraphe Maurice Béjart. Celui-ci retrouvait en kinhin la base de la danse classique.
Vous n'avez pas besoin de vous retourner avant de vous asseoir et saluer vers le centre du dojo. Lorsqu'il y a le coup de cloche qui signale la fin de kinhin, et qu'on retrouve sa place d'un pas rapide, on va direct de nouveau vers zazen, on fait gassho face à son zafu et on se rassoit.
(zazen)
Je reprends l'Hokyo Zanmai, strophes 7 et 8 :
Minuit est la vraie lumière, l'aube n'est pas claire. Cette phrase devient la règle du matériel. Si vous l'utilisez, vous pouvez rejeter toute souffrance et difficulté.
Il ne faut pas voir en cette image de minuit et d'aube une quelconque esthétique, mais bien l'enseignement de notre école. C'est pour ça, je vous en prie, détendez-vous. Laissez tomber l'énergie du haut vers le ventre. Prenez appui avec les genoux et le périnée sur le sol et érigez-vous. Formez un beau mudra, un bel ovale avec vos mains. Le contact des pouces est délicat. Les épaules sont relâchées. Et pour rentrer le menton, on ramène la tête en arrière, puis on rentre le menton. Baissez les paupières, un filet de lumière suffit.
En zazen, vous pouvez trouver la vraie lumière. A l'extérieur du dojo, c'est moins évident. Dans le social, nous sommes humbles. Dans le dojo, nous sommes fiers.
Non, non, non, pas pour les débutants le kyosaku.
Maitre Deshimaru disait que dans le dojo, en zazen, nous sommes Bouddha, nous sommes Dieu. Un type de fierté qui n'a rien à voir avec un quelconque « je ». Le « je », on le laisse passer.
Minuit est la vraie lumière, en revanche, l'aube n'est pas claire. Si cette maxime devient votre règle dans la vie quotidienne, si vous l'utilisez, vous pourrez rejeter ce petit « je », source de tant de souffrance et de difficultés.
[^1] Bernard Durel, prêtre dominicain basé à Strasbourg. Voir https://www.voiesdassise.eu/tag/bernard%20durel/