2025 10 19 dimanche 11h DZP

Patrick1 m'a demandé de dédier la cérémonie qu'on va faire à l'un de nos co-disciples, mort, pour ma part il est un taiko : Didier Kowarsky Sogyo Sekiryu. Les gens du dojo l'ont connu. Il a conté le samedi après-midi. Et il a dirigé, ici même, le zazen.

Pourquoi pas ?2 Chaque cérémonie, nous les dédions, c'est-à-dire que nous dirigeons son énergie, non pas vers nous-mêmes, mais habituellement vers les bouddhas du passé et du futur. Un moine mort existe pour toujours.

Seki-ryu, dragon de pierre. C'était son nom de moine. Quand on est mort, on l'utilise, il devient public car il s'agit de l'universel. Le dragon symbolise chez nous le grand disciple, celui qui est terre et ciel.

Alors il y a trois ans, nous lui avons souhaité un repos éternel, et pendant sa maladie de garder la condition normale. Maintenant, on lui dédiera simplement la cérémonie.

MONDO

Question 1

Question

C'est une question très simple, tu as parlé de l'hommage aux bouddhas du passé et du futur. Et ceux du présent, on ne s'adresse pas à eux ?

Godo

Le présent, c'est l'éternité. Durant le cérémonie, il s'agit de formulations qu'on pourrait dire « liturgiques ». C'est à la fin du Josanchi. Est-ce qu'on mentionne formellement « les bouddhas du présent » ? 3 Pour te répondre dès maintenant, ces trois catégories temporelles étant du langage courant, j'ai envie de dire qu'on les cite certainement. Parce que sinon, il ne faut en citer aucun, puisque l'instant présent, c'est l'éternité. Donc tu vois, après on rentre dans des trucs comme ça.

Question

Je me demandais aussi si on considère qu'on a quand même des incarnations du Bouddha à l'heure actuelle.

Godo

Bah chez nous, zazen, c'est ça l'essentiel. Moi, je crois pas en autre chose que ça. C'est pour ça qu'on fait des cérémonies. On l'a dédiée aujourd'hui pour celui qu'on a connu, qui s'est incarné, qui a concrétisé la chose. Et de même, bon lui était moine, mais on aurait pu parler des bodhisattvas. Il y a une polysémie de bodhisattva, il y a les bodhisattva individuels donc, et il y a les cosmiques : Manjusri qui incarne la concentration qu'on pratique. Kannon, l'empathie, (on dit plutôt compassion, mais je dirais plutôt empathie). On les pratique, c'est ça qui vient en zazen, donc de l'extérieur à nous-même. Est-ce que ça existe en soi ? Il n'y aurait pas d'homme, est-ce qu'il y aurait tout ça ? Oui, non... Tout ça devient des conjectures d'êtres humains, de la métaphysique quoi ?

Très concrètement, ça par contre, là moi je peux te dire que c'est vrai, si tu as un doute. C'est ça qui est respectable. C'est le fait que tu te lèves le matin pour aller au dojo, que tu bascules le bassin, et ainsi de suite. Tu y crois, non ?

Question

Question

J'y crois, si c'est une question de croire. Oui, j'ai envie d'y croire.

Godo

Eh bien, c'est un excellent début ! Moi aussi !

Question 2

Moine_DC

J'espère que quand je serai mort, vous ne me souhaiterez pas un repos éternel. C'est une formation liturgique qui n'est même pas de chez nous. Vraiment, dans le bouddhisme, on ne souhaite pas un repos éternel quand même !

Godo

J'ai dit repos éternel, mais on a dû dire quelque chose comme « qui repose en paix ».

Moine_DC

C'est naze.

Godo

Qu'est-ce que tu proposes, toi ? Rien ? Tu ne veux pas faire de cérémonie ?

Moine_DC

Il n'y a rien qui survit à la mort. Puisque la vie d'un corps-esprit disparaît, il n'y a plus rien de la personne.

Godo

Oui, c'est ça la question. Et il y a ce qui demeure, c'est ce qu'on pratique, c'est la partie universelle.

Moine_DC

Mais qu'est-ce qui reste après ? Il ne reste rien.

Godo

Au niveau de l'individu, il ne reste rien, ça c'est clair. Pour nous, en tout cas. On ne s'intéresse pas à s'il y a une vie après la mort ou pas, et il y en a parmi nous qui y croient, peut-être, parce que c'est leur culture. Respect ! Moi je suis plutôt agnostique sur ce sujet là. Et dans le bouddhisme, comme dit Deshimaru, en effet, comme pour Dieu, sur la question de la vie après la mort, le bouddhisme est plutôt athée. On est d'accord. Toi, t'es un athée... catégorique.

Moine_DC

Ce n'est même pas que je suis un athée catégorique, c'est que même la question n'a aucun intérêt en fait. La question de Dieu, elle était importante à un certain moment, celle d'un dieu unique créateur, elle a eu une importance pendant une certaine période de temps. Avant, on n'en avait pas. Et puis maintenant non plus.

Godo

Mais t'as vu le nombre de morts actuels au nom de Dieu ! T'as vu la quantité de gens qui font n'importe quoi en son nom ?

Moine_DC

Oui, mais pour une certaine frange de la population, cette question a perdu tout intérêt.

Godo

Oui, pour les athées comme toi.

Moine_DC

C'est leur agenda, c'est leur... Mais on a changé de sujet beaucoup là.

Godo

Ok, mais là tu parles surtout de toi. Deshimaru, justement, moi c'est ça que j'ai direct apprécié dans son enseignement, c'est qu'il nous enseignait de rester ouverts et qu'on n'est pas différent des autres.

C'est pourquoi on n'est pas végan, végétarien strict, parce que sinon on se coupe de tous les autres carnivores. Il s'agit toujours pour nous de ne pas faire de frontières.

Moine_DC

C'est d'actualité pour certaines personnes, et pour d'autres, la question n'a même plus d'intérêt.

Godo

Il y a une expression de Spinoza qui dit que « c'est le havre de toute notre ignorance »4.

Godo

Ok, j'aime bien le côté athée dans tout ça. Mais, j'étudie en ce moment l'Hokyo Zanmai, et Tozan parle précisément de l'invisible : « Minuit est la vraie lumière ». C'est zazen. Le mental, il peut concevoir plein de concepts, mais c'est aussi tout le reste. Et ça, ça existe. Parce que l'homme, avec son petit cerveau, il ne peut pas appréhender la totalité. Non ? Là, c'est un peu spinoziste, non, ce que je dis ?5 Ok, on s'arrête là.

Question 3

Pratiquant

Je vis une période de deuil d'une personne très proche. Je me posais la question : qu'est-ce que je peux faire ? Il y a déjà une cérémonie qui a eu lieu mais au crématorium, pas ici. Qu'est-ce que je peux faire pour vivre ce deuil ? Je sens qu'il y a des choses qui arrivent qui n'étaient pas prévues. Et aussi pour atténuer des relations qui ne se sont pas toujours assouplies vers la fin, qui n'étaient pas toujours faciles. Donc, il y a des regrets aussi qui peuvent arriver et qui sont inutiles à mon avis. Donc pour vivre ça de manière... positive peut-être. Est-ce qu'il y a des lectures, est-ce qu'il y a des choses ?

Godo

Comme dit toujours Philippe, c'est justement lors de ces moments-là, lorsque la vie nous est très dure, que c'est bien de venir au dojo encore plus, faire des sesshins, pour brûler tout ça.

Et après, je reprends juste une chose que tu as dite sur les regrets. Regarde-les en face, pour que ça puisse devenir quelque chose de positif. Quand je dis brûler, c'est voir les choses telles qu'elles sont pour mieux les dépasser, les résoudre. Mais pas les dépasser en se disant qu'on est fondamentalement au-delà du problème, sinon ça reviendra immanquablement d'une manière ou d'une autre.

Quand on est en face de quelqu'un qui est en souffrance, il faut pouvoir lui répondre. La cérémonie justement est un véritable hommage, dans le sens qu'on s'adresse à ce qu'elle est véritablement, à ce que nous sommes tous, nous aussi les vivants.

Pratiquant

On m'avait demandé de faire un discours, j'étais submergé par l'émotion. Le témoignage du déroulé de la vie de la personne que j'avais fait me semblait intéressant à partager, mais je n'ai pas pu lire le texte. J'ai dit ce qui venait seulement. Je me dis que c'est dommage de ne pas avoir partagé toute la vie de cette personne.

Godo

Fais-le dans un deuxième temps, par exemple en écrivant aux autres proches. Il n'est jamais trop tard.

Ah, je dois chanter le Shishikai ? S'il-te-plaît Patrick, chante-le-nous.

Shishi kai jiki kun jiren kafu jashī.

Shin shin jin chō ihi kishu rin bujō son.6

Amen !7



  1. Patrick Ferrieux, le godo du DZP. 

  2. La question s'est posé pour moi car mon maître enseigne qu'il ne faut surtout pas faire trop de cérémonies pour les malades/morts. Ce n'est pas bon. 

  3. Deux godos sont présents parmi les pratiquants, ils ne savent pas non plus. Après vérification, oui les bouddhas du présents sont bien mentionnés, entre ceux du passés et ceux du futur. 

  4. « Et ils ne cesseront pas de vous interroger ainsi sur les causes des causes, jusqu’à ce que vous vous soyez réfugié dans la volonté de Dieu, cet asile de l’ignorance. » in Ethique de Spinoza, Traduit par Robert Misrahi, Editions de l'éclat, 2005. 

  5. Spinoza ne connaissait pas la pratique zen mais lorsqu'il dit « La meilleure partie de nous-mêmes, c'est l'entendement. Il est certain, alors, que si nous voulons rechercher réellement ce qui nous est utile, nous devons nous efforcer, sur toutes choses, de perfectionner l'entendement, autant qu'il se peut faire ; car c'est dans sa perfection que doit consister notre souverain bien. (...) Oui ! c'est là ce que nous dicte l'idée de Dieu, que Dieu est notre souverain bien ; en d'autres termes, que la connaissance et l'amour de Dieu sont la fin dernière, vers laquelle toutes nos actions doivent être dirigées. » (in Traité théologico-politique, chap. 4, sous-chapitre 2, traduit par J.-G. Prat, éditions Allia, 2015) nous pouvons tenir zazen comme étant l'action de la perfection de l'entendement. 

  6. « En demeurant dans ce monde éphémère comme un lotus dans l'eau boueuse, l'esprit est pur et va au-delà. Ainsi, nous nous prosternons devant Bouddha. (Abiding in this ephemeral world like a lotus in muddy water, the mind is pure and goes beyond. Thus we bow to buddha.) » in Soto School Scriptures For Daily Services And Practice de la Sotoshu Shumucho, 2001 

  7. Selon Wikipedia : Amen est utilisé dans la Torah, qui signifie « sincère et vrai » (amanah). Il se rattache au verbe hébreu amn qui possède plusieurs significations telles que « être fidèle », « être établi » ou « croire ». Cette racine a donné les noms de « foi » (emouna), « confiance » (emana) et l'adverbe « assurément » amna. Sa traduction est « que cela soit vrai, se vérifie », « ainsi soit-il ». Le terme a été traduit par le grec genoito (« ainsi soit-il ») dans la Septante et par le latin fiat dans la Vulgate. Voir [la page Wikipedia|https://fr.wikipedia.org/wiki/Amen)] 

Dernière édition le 2025-10-29 06:56

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Stéphane Chevillard est l'auteur de ces pages.
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