2025 11 26 mercredi 12h DZP

Voici un poème de Daichi Sokei :

*L'ermitage des roseaux et de la lune[^1]

Le goût religieux du Soto (notre école zen) est le plus respectable et le plus majestueux.

Il n'est pas du tout difficile de protéger silencieusement les mérites des go-i.

Seul Kirin peut briser la chaîne d'or.

Lui seul peut marcher sur les nuages des cinq couleurs dans le ciel.

Daichi, c'est le Japon, pas du tout la Chine de Sekito, Tozan et Sosan, et ce n'est pas non plus juste après Dogen[^2].

S. nous confiait qu'il avait du mal à comprendre les commentaires de maître Deshimaru sur l'Hokyo Zanmai. C'est bien normal. Il y est beaucoup question des go-i. Les go-i, c'est la formulation de la philosophie zen. Mon maître, Philippe, a également témoigné de cette difficulté de compréhension. Alors il s'est tourné vers son co-disciple Michel Beauvais, qui a su lui donner des clés. De même, maître Deshimaru nous a donné les clés de la compréhension de notre école. Philippe dit de maître Deshimaru qu'il est très pédagogue dans sa manière d'enseigner. Et ça c'est le propre de notre école, de ne pas nous précipiter dans des koans infernaux, mais plutôt de les aborder avec foi.

Les cinq stances des go-i ont été systématisées par Sozan, cinq logiques qui condensent l'enseignement de maître Sekito et celui de son propre maître Tozan. Ainsi, maître Sekito a écrit dans le Sandokai :

La lumière existe dans l'obscurité,

l'obscurité existe dans la lumière.

Tozan dans l'Hokyo Zanmai :

Minuit est la vraie lumière

et l'aube n'est pas claire.

Alors ces deux fois deux paradoxes, l'obscurité avec la lumière, l'aube avec minuit, c'est proprement l'expérience de zazen, les deux points de vue propres à zazen. La troisième et la quatrième, c'est A est A, B est B. Ça, c'est le point de vue ordinaire. Et la cinquième, c'est l'ensemble des quatre, le goût religieux de notre école.

Maître Dogen a une très belle expression pour désigner notre pratique : « labourer les nuages ».

Kirin, c'est un animal imaginaire, moitié girafe, moitié cheval.

Seul Kirin peut briser la chaîne d'or.

Lui seul peut marcher sur les nuages des cinq couleurs dans le ciel.

Kirin, c'est comme le dragon, c'est une image du grand disciple. Et « la chaîne d'or », ce n'est rien d'autre que notre attachement à la pratique. Il y a toutes sortes de chaînes d'or ; chacun a sa (ou ses) chaîne(s) d'or.

Par exemple, Kodo Sawaki voulait fuir sa misère natale, il vivait dans les bas-fonds. Pour le grand disciple, il n'y a plus vraiment de bas-fond. Ainsi, nous avons maître Tosui[^3] qui a fui son monastère pour aller vivre avec des lépreux. Il a même rejeté le kesa.

Représentation d'un kirin par Kanō Tan'yū (source Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Qilin

Représentation d'un kirin par Kanō Tan'yū (source Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Qilin)


[^1] Poèmes de maître Daichi, traduits et commentés par maître Taisen Deshimaru, Grands classiques zen, édition intégrale vol. 12, Daruma, 1994, p. 157-158 ; à paraître en avril 2026 l'enseignement de Philippe inspiré de ces poèmes.

[^2] Il fut initialement disciple de Kangan Giin (disciple de Dōgen), mais après la mort de ce dernier, il étudia auprès de Keizan Jōkin pendant sept ans. Il séjourna 10 ans en Chine. Son séjour hors du Japon fut involontairement prolongé par un naufrage en Corée lors de son voyage de retour, l'empêchant de rentrer au pays avant 1325. À son retour, il reçut le shiho de Meihō Sotetsu, disciple de Keizan.

[^3] Il s'agit de maître Tōsui Unkei ; maître Menzan Zuihō a écrit sa biographie voir Letting go, The Story of Zen Master Tōsui, Tōsui oshō densan, translated and with an introduction by Peter Haskel, University of Hawai‘i Press, Honolulu, 2001, 167 p.

Dernière édition le 2025-12-08 18:20

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Stéphane Chevillard est l'auteur de ces pages.
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